2019 : les épargnants peu friands d’investissements en bourse ?

épargne 2019 les français ont un appétit pour la bourse

Selon Benjamin Franklin « un dollar économisé est un dollar gagné ». Cette idée est adoptée par de nombreux Français et chacun, serait capable de reconnaitre une personne de son cercle de connaissance dans cette maxime. Pourtant, la façon dont les Français thésaurisent leur argent et gèrent leurs « bas de laine » est particulièrement hétérogène ; à la fois ballottée entre des tendances de fond bien ancrées et des pratiques mouvantes : épargne de précaution, épargne retraite, épargne projet etc.

C’est pour mieux cerner cette réalité protéiforme de l’épargne en France que l’Autorité des Marchés Financiers publie annuellement une étude sur les attitudes et les opinions des épargnants à l’égard des produits financiers.
L’analyse de ce panorama permet de répondre à plusieurs questions de fond dont nous allons développer les éléments de réponse.

Qui sont les épargnants ?

La réponse à cette question nécessite des modulations et beaucoup précisions. Si les Français thésaurisent approximativement 15% de leur revenu mensuel il est compliqué de répondre à cette problématique sans introduire quelques critères permettant de dresser des catégories d’épargnants : données démographiques, indice de confiance en l’avenir, objectifs financiers, propension à l’épargne, connaissances financières ou encore appétence au risque.

Sur les bases de ces critères, l’AMF a établi plusieurs catégories :

– Les « préoccupés ». Il s’agit d’une catégorie composée essentiellement de personnes âgées de plus de 55 ans (57% de l’échantillon), propriétaires (73%) fortement préoccupées par leur situation à long terme (80%). Les dépenses de santé qu’ils pourraient consentir à moyen terme les inquiètent (48%) ainsi que les possibles pertes d’autonomie dont ils pourraient souffrir (50%).
Pour préparer leur avenir, ils ne sont pas intéressés par les actions (75%) et pour la majorité, ne pourraient y recourir en aucun cas (78%). La confiance qu’ils accordent aux placements financiers est quasiment nulle (75%) ;

– Les « désimpliqués ». Cette catégorie est plus évanescente dans la mesure où il est relativement complexe d’en tracer les contours. Quelques traits saillants sont identifiables comme l’âge de ses membres – compris entre 35 et 45 ans dans 47 % des occurrences – ou encore le fait qu’ils soient locataires (44%). D’autres caractéristiques plus marquées permettent de les identifier comme leur manque de connaissances financières dans 72% des cas ou le fait que 57% d’entre eux n’utilisent pas de sources d’information financière bien qu’ils soient 87% à gérer eux même leur argent.
Un autre comportement financier les distingue. Il apparaît que 75% des « désimpliqués » n’éprouvent aucun intérêt pour les actions dont 73% ne pourraient envisager en aucun cas de souscrire à ce type de placement ;

– Les « aisés experts ». Peu de critères démographiques ou économiques permettent de mettre en évidence cette catégorie. Les « aisés experts » partagent principalement des caractéristiques comportementales à l’égard de l’épargne et plus finement, de la bourse. Tout d’abord, 65% d’entre eux thésaurisent avant tout pour accroître leur patrimoine et 54% avec l’ambition de réaliser un projet immobilier.
De toutes les catégories possibles, ses représentants ont la plus grande appétence au risque et 65% d’entre eux l’acceptent en échange de retours sur investissements supérieurs. Pour 53% des « aisés experts » les actions sont un moyen intéressant d’épargner ;

 

– Les « optimisateurs dynamiques ». Il s’agit d’une catégorie particulière en raison de l’âge de ses membres puisque 56% d’entre eux ont moins de 35 ans ; mais aussi en raison d’un fort revenu net moyen, s’élevant à 4 300€ par mois.
De cette situation confortable, 58% mettent de l’argent de côté régulièrement et 82% épargnent pour leur retraite.
L’une des grandes particularités de cette catégorie est son degré d’information car 63% des optimisateurs dynamiques sont bien informés sur la gestion de leur épargne et 90% diversifient leurs sources d’information.
Ils acceptent mieux les risques liés aux placements les plus rentables pour 45% d’entre eux et sont à 62% intéressés par les actions auxquelles ils sont 56% à accorder une véritable confiance.

Le profil des épargnants qui possèdent un patrimoine supérieur à 50 000 euros

Ces catégories sont issues d’études statistiques menées à partir d’échantillons représentatifs de la population française. On peut donc considérer que 27% des Français sont des épargnants « préoccupés », 25% sont « désimpliqués », 28% ont un profil « aisé expert » et 15% ont des comportements d’optimisateurs dynamiques.
Si la distinction de grandes catégories d’épargnants a mis en exergue des caractères divers, il convient cependant de comprendre les motifs d’épargne de la population française. Ces derniers sont relativement homogènes.

Pourquoi épargne-t-on en 2019 ?

Il s’agit certainement de l’une des questions les plus fondamentales car elle permet de mettre en perspective les tendances observées voire d’en expliquer certaines dimensions. Précisons d’abord qu’historiquement, un Français épargne davantage que ses voisins européens. Avec un plus bas historique de 11,1% de ses revenus mensuels en 1981, il en thésaurise 14,8% en 2019.

Les motifs sont variés mais deux objectifs se détachent nettement :

– Pour 71% des Français (et 78% des 35-54 ans) l’épargne a pour fonction de concentrer un capital suffisant en vue de la retraite et plus précisément, d’avoir assez de fonds tout au long de cette période. En moyenne, chaque épargnant mobilisait 2 300€ en 2019 pour cette ambition. S’ajoute à ce constat que 75% des Français y voient un moyen de se préparer à une éventuelle perte d’autonomie lors de leurs vieux jours ;

– Le second et principal motif d’épargne est de pouvoir faire face soit à un imprévu. En effet, 83% des répondants reconnaissait cette préoccupation comme principale ou secondaire de leur épargne ; ou de pouvoir assumer des dépenses de santé éventuelles pour 76% d’entre eux.

En d’autres termes, on épargne majoritairement pour pouvoir faire face à un éventuel incident à court, moyen ou long terme. Il n’est pas infondé d’estimer que le Français épargne généralement par précaution. Cet objectif a un impact direct sur le choix des produits d’épargne adoptés.

Les priorités des épargnants d'après le baromètre 2019 de l'épargne réalisé par l'AMF

Quels sont les produits d’épargne les plus appréciés en 2019 ?

Le prisme des attentes des épargnants se décompose en un triptyque relativement clair. Si pour 62% d’entre eux le rendement attendu est l’un des principaux critères de décision dans la destination de leur excédent financier, le niveau de risque doit être le plus faible possible pour 61% des épargnants auquel s’ajoute le critère de disponibilité immédiate des fonds pour 49% des personnes interrogées par Audirep pour l’AMF.

Enfin, pour pouvoir identifier les produits de thésaurisation plébiscités en 2019, il faut prendre en compte que 54% des Français refusent de prendre le moindre risque et 34% en acceptent un faible niveau. Ainsi, l’appétence aux placements financiers risqués comme les actions concernerait 12% des personnes à capacité d’épargne.

Dans cette mesure, on peut mettre en avant les produits les plus prisés en 2019 et surtout comprendre la hiérarchie des préférences. Si on considère leur part de détention sur un échantillon de cent personnes est le suivant :

– Livret d’épargne, comptes sur livrets (79%) ;
– Placements d’assurance vie en euro (35%) ;
– Bien immobilier (31%) ;
– Plan épargne logement (28%).

Notons que les placements financiers ne séduisent que 17% des épargnants français en moyenne. La proportion de détenteurs de valeurs mobilières s’élève à 40% des foyers considérés comme relativement aisés, population mieux informée sur la question financière tel qu’abordé dans le premier paragraphe. Il convient donc naturellement de s’interroger sur le niveau de connaissances et d’information financières de la population française.

Quel est le niveau d’information et de connaissance financière des épargnants ?

Un des paramètres intéressant à prendre en compte afin d’évaluer l’appétence des français pour les placements boursiers est leur niveau d’information et plus généralement de connaissances financières.

Sur les 42% d’épargnants qui estiment être bien informés sur les produits d’épargne et les placements, 61% possèdent plus de 50 000€ de fonds placés. Ils appartiennent à 52% aux CSP+ et sont pour 65% d’entre eux, confiants sur la situation économique des 12 prochains mois. Une corrélation positive est apparue entre le niveau d’information du public concerné et sa propension à investir en bourse. Si des études plus poussées sont nécessaires pour en identifier le sens de causalité, il n’en demeure pas moins que cette relation est vérifiée par l’étude statistique de l’AMF.

Les épargnants reconnaissent ne pas bien connaître les produits de placement

De plus, le niveau d’information financière d’un épargnant semble inversement proportionnel à ses appréhensions du risque encouru par des placements en valeurs mobilières et plus particulièrement en actions.

Appétence au risque et aux placements boursiers

Nous précisions que 54% des Français refusent la moindre prise de risque pour leur épargne et que 34% souhaitent le réduire le plus possible.
Le rapport qu’entretiennent les Français avec les valeurs mobilière est surprenant. Il est d’autant plus paradoxal si on avance des arguments de l’histoire économique récente.

D’une part, 61% d’entre eux ne seraient pas intéressés par les actions. Ce constat est d’autant plus sévère pour les valeurs mobilières que l’indice de confiance qui leur est accordé a baissé de 6% entre 2018 et 2019. Ainsi, si en 2018, 27% des épargnants considéraient cette approche de placement comme fiable, ils n’étaient plus que 21% en 2019.

Un élément d’explication possible est le manque de connaissances financières couplées à la faible appétence au risque sachant que 70% des épargnants estiment que les placements en valeurs mobilières – et a fortiori en action – requièrent de véritables connaissances et savoir-faire et que 68% d’entre eux les jugent trop risqués.

Ce rejet des actions est surprenant à au moins deux égards. D’abord parce que l’étude publiée par l’AMF met en exergue que 56% de la minorité de personnes convaincues par les placements en valeurs mobilières estiment que les portefeuilles d’actions offrent de bonnes perspectives de diversification et donc de limitation des risques de pertes. Ils sont 50% à y voir une source d’épargne pertinente à long terme.

Ensuite, parce que le désamour actuel du public français pour les valeurs mobilières contraste fortement avec leur popularité au début du XXe siècle. L’historienne Adeline Daumard a démontré que la détention d‘actions était très diffusée dans la population française à la Belle Epoque. Dans Les fortunes françaises au XIXe siècle (EPHE, 1973) elle démontre que 45% des successions de la population française comportaient des actions et des obligations. Les travaux de thèse de Pierre-Gilles Hautcoeur, Le marché boursier et le financement des entreprises françaises (1890-1939), soutenus en 1994 mettent en avant que la France comptait 2,5 millions de porteurs de titres à la fin de la Belle Epoque.

Le livret A reste le produit d’épargne préféré des Français

Pour toutes ces raisons, le livret A reste le produit préféré des Français. Dans l’Hexagone, il semble qu’on thésaurise d’abord pour constituer une réserve de précaution, un matelas sur lequel on pourra s’appuyer en cas de coup dur.

Or, avec un tel objectif, il est indispensable de disposer d’une solution d’épargne garantissant une liquidité absolue de ses actifs. En d’autres termes, l’épargne de précaution suppose de pouvoir disposer instantanément de ses fonds. Dans cette mesure, le taux d’intérêt est une variable relativement secondaire dans le processus de sélection de cette solution de placement. Si les détenteurs de livrets A sont bien entendu sensibles à des taux plus favorables, ce critère ne conditionne pas leur décision de concentrer des actifs financiers sur ce type de solution.

Dès lors, il n’est pas surprenant que les dépôts à vue sur les comptes courants, les livrets règlementés comme le Plan Epargne Logement ou le Livret A, et les placements d’assurance vie dans une autre mesure, concentrent 3 260 milliards d’euros des 5 100 milliards d’euros qui constituent le patrimoine financier des Français.

Les foyers aisés investissent davantage en bourse

A partir des données de cette étude on remarque une tendance de long cours confirmée de nouveau en 2019. Les ménages les plus aisés et disposant du plus haut patrimoine financier ont tendance à davantage investir en bourse. Plusieurs explications sont possibles :

– Détention d’un capital culturel leur permettant d’optimiser les informations financières. Or il semble qu’une corrélation positive existe entre le niveau d’information détenu et la propension à investir en bourse ;

Plus grande marge de manœuvre financière permettant de diversifier davantage les placements en bourse et donc d’en minimiser les risques ;

Plus grande appétence au risque en raison de marges financières plus importantes en cas de pertes.

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