Accueil Actualités Confinement : vers une explosion des défaillances d’entreprises ?

Confinement : vers une explosion des défaillances d’entreprises ?

Article mis à jour le : 10 juin 2021

Il est contre-intuitif d’envisager que le nombre des défaillances d’entreprise a fortement baissé entre septembre 2019 et septembre 2020 alors qu’un confinement strict a enfermé l’activité économique au printemps.

Pourtant les chiffres publiés par la banque de France dans son « suivi mensuel des défaillances – septembre 2020 », mis en ligne le 16 septembre 2020, est sans appel. Sur les douze derniers mois, le nombre – mensuellement cumulé – de défaillances d’entreprises a baissé de 31,1% ce, malgré la pandémie de COVID-19 et ses conséquences.

Quel bilan dresser à partir de ces données ? S’il semble encore prématuré d’évaluer avec précision les pertes et profits économiques de cette période, s’il est tout aussi délicat d’évaluer l’impact des reports de charge et des prêts garantis par l’état (PGE), il n’en reste pas moins possible d’analyser les chiffres étonnants que la Banque de France a communiqué.

Les informations disponibles dans cet article ne constituent pas un conseil en investissement ou une incitation à investir.

Ce qu’il faut entendre par défaillance d’entreprise

En premier lieu cependant, il convient de définir ce qu’est une défaillance. Selon l’INSEE, il s’agit d’une situation comptable dans laquelle l’entreprise n’est plus en mesure de faire correspondre son passif exigible à son actif disponible donc de générer suffisamment de cash-flow pour faire face à ses engagements.

Une précision importante est néanmoins indispensable : Cette situation ne signifie pas que l’entreprise soit en cessation de paiement ou d’activité – c’est-à-dire que son activité est définitivement à l’arrêt – mais qu’elle en est menacée. Des dispositifs permettent d’éviter cette cessation de paiement ou d’activité voire de la prévenir à l’instar des deux procédures entérinées par le droit français, la conciliation et le mandat ad hoc.

Les défaillances d'entreprises pendant le confinement

  • Plateforme Xstation
  • Offre sans commission
  • Plus de 53 000 clients actifs

Panorama et mise en perspective de la situation économique due au confinement

Une fois accordés sur la définition, il convient de dresser un tableau des défaillances économiques depuis quelques années ce, afin de faire une synthèse de la situation actuelle mise en perspective avec des données historiques. Quels secteurs sont structurellement en contraction ? Quelles régions enregistraient le plus de défaillances d’entreprise sur le temps long ?

En pour le seul mois de janvier 2016, sur le territoire national, 5 263 entreprises étaient en défaillance. Au mois de septembre 2020 elles étaient 3 650 avec un minima atteint en avril 2020 où seules 1 420 structures étaient concernées et ce, avec une baisse de 61% du total mensuel de cas entre février et avril 2020. On pourrait de prime abord penser que les entreprises se sont adaptées et que la massification du télétravail dans le tertiaire a permis d’éviter à nombre d’entre elles de mettre la clé sous la porte.

Or, si on analyse les chiffres de secteurs particulièrement exposés, on remarque qu’entre février et avril 2020, le nombre d’entreprises défaillantes a été réduit de 10% pour le commerce et la réparation automobile, de 11,5% pour le BTP, de 12% pour l’hébergement et restauration et de 37% pour l’agriculture, trois secteurs pourtant peu propices au travail à distance. Ces chiffres sont d’autant plus surprenants que le nombre de défaillances pour le BTP ou le secteur de l’hôtellerie-restauration en avril 2019 était de 20% supérieur.

A contrario, d’autres secteurs ont essuyé de lourdes pertes avec l’industrie aéronautique en première ligne. Sur les 11 575 emplois créés entre 2009 et 2019 dans le secteur, 10 616 ont été détruits lors des 6 derniers mois. Selon la Banque des Territoires (filiale de la Caisse des Dépôts), c’est bien le secteur le plus touché par la crise. Et par ricochet des régions comme la Haute Garonne et le pôle aéronautique toulousain sont sinistrés.

L’automobile souffre de la crise sanitaire actuelle bien que le niveau d’emploi dans l’automobile était déjà en chute libre en 2019. A contrario, des régions industrielles comme le Grand Est semblent être relativement épargnées tout comme l’industrie alimentaire dont les créations d’emploi ont augmenté entre 2020 par rapport à l’année précédente.

D’autres régions auraient été fortement touchées du fait de la forte densité de leur tissu économiques. La région Île de France, la région Auvergne Rhône-Alpes et la Nouvelle Aquitaine. Cependant, l’ampleur des dispositifs de soutien à l’économie a prévenu les défaillances d’entreprises de ces régions qui ont respectivement bénéficié de 17,28%, 13% et 12% de l’encours de Prêts Garantis par l’Etat. De plus, la densité de leur tissu économique nuance l’impact de ces défaillances considérés en valeur absolues.

Les facteurs explicatifs

La situation économique nationale est hétérogène non seulement suivant les régions mais également en fonction des secteurs concernés. Si les industries liées à la mobilité (transport aérien, automobile etc.) sont impactées, d’autres secteurs liés à la vie en société (restauration, hôtellerie, événementiel notamment) sont moins affectés pour l’instant.

Ce différentiel a une explication politique : le gouvernement se préparait à des répercussions économiques de grande ampleur. C’est pourquoi dès le 12 mars et ce, jusqu’au 24 août, un dispositif de soutien à l’économie a été mis en place. Les 45 milliards d’euros mobilisés ont permis à nombre de TPE, PME et quelques ETI de de combler leurs pertes en chiffre d’affaire et d’éviter ainsi la multiplication des liquidations judiciaires et cessations de paiement.

Cet arsenal est composé de remises d’impôts directs, de reports de paiements de factures, de prêts de trésorières garantis par l’Etat, de mesures de chômage partiel, ou encore d’aides financières accordées par un fonds de solidarité dédié. Des plans sectoriels sont aussi destinés au soutien de secteurs sinistrés comme le secteur du livre, de l’aéronautique, des travaux publics ou des commerces indépendants

Les 4 étapes pour obtenir un prêt garanti par l'Etat PGE

Le dispositif arrivant à échéance a été reconduit le 29 octobre 2020 par le gouvernement. Toutefois, les 20 milliards d’euros mobilisé sont moindres que le financement du premier plan et les entreprises ont désormais des fondamentaux économiques moins stables qu’au printemps. Même si 80% des chefs d’entreprises affirment être prêts pour un second confinement, le Garde des sceaux – Eric Dupond-Moretti – a initié une « mission flash » en prévision d’un accroissement du nombre de défaillances d’entreprises dans les mois à venir.

C’est là tout le sens de la lettre de mission que le ministre de la Justice a adressé à ses services : mettre sur pied un plan pour inciter les entreprises les plus fragiles à solliciter les tribunaux consulaires afin de sinon prévenir, du moins lisser la possible vague des faillites en cascades. En somme, prévenir plutôt que guérir les défaillances d’entreprises qui sont d’ores et déjà anticipée à la hausse dans les prochains mois sinon dans les prochaines semaines.


  • Plateforme Xstation
  • Offre sans commission
  • Plus de 53 000 clients actifs

Le Trader du Dimanche

Le Trader du Dimanche est investisseur pour compte propre. Spécialisé dans la formation et la vulgarisation du monde de la bourse, il rassemble, sur sa chaîne YouTube, une communauté de plus de 9 000 membres auprès de laquelle il partage son expérience de plus de 10 années passées sur les marchés financiers.