Accueil Actualités Pourquoi les Français ont-ils peur de la bourse ?

Pourquoi les Français ont-ils peur de la bourse ?

Les français qui ont la réputation d’être des champions en matière d’épargne, boudent en grande majorité les marchés financiers, préférant des placements sans risque comme le livret A, le PEL ou encore des fonds en euros sur des contrats d’assurance-vie…

Et lorsqu’on les interroge, la plupart seraient prêt à se couper une jambe plutôt que d’investir un centime en bourse. La raison est simple, ils ont peur de perdre leurs économies.

Mais pourquoi les Français ont-ils peur de la bourse ? Et comment expliquer cette aversion au risque ? C’est ce que nous allons tenter d’analyser dans cet article.

Les informations disponibles dans cet article ne constituent pas un conseil en investissement ou une incitation à investir.

L’aversion au risque : une exception culturelle française

L’argent, dans notre pays, est tabou. Il est considéré comme vulgaire d’annoncer son salaire et déplacé de le négocier lors d’un entretien d’embauche. Et il est courant de dire qu’on ne doit pas parler d’argent à table, entre amis ou même en famille.

La réussite professionnelle et sociale ne s’affiche donc pas comme dans les pays anglo-saxons. Mais au contraire, plus diffuse, elle se traduit par des loisirs ou un cadre de vie. Et elle se devine et se lit entre les lignes.

L’argent : c’est sale ; s’enrichir : c’est mal. Bref, la fortune a mauvaise presse !

Cette notion de moralité est prégnante dans notre culture, et nous aurons l’occasion de revenir sur le sujet à maintes reprises.

Le système de retraite par répartition

Sans alimenter la crainte à proprement parler, notre système de retraite joue aussi un rôle important dans notre rapport aux marchés financiers. Schématiquement, les actifs cotisent pour la pension de leurs ainés, qui perçoivent une rente.

L’idée, ici, n’est pas d’émettre un jugement sur ce système ou le concept d’Etat-Providence. Mais force est de constater que, dans les pays qui appliquent une retraite par capitalisation, le lien entre les épargnants et les investissements boursiers est très différent. En effet, lorsque les travailleurs doivent constituer eux-mêmes leur futur revenus, ils se tournent vers les places financières qui offrent bien souvent un rendement plus attrayant. Les fonds de pension en Amérique du Nord sont la parfaite illustration de ce mécanisme.

Contrairement aux Américains ou aux Canadiens, les Français n’ont jamais eu à se préoccuper directement d’investissements financiers. Cette distance alimente la connotation négative des placements boursiers. Le terme « boursicoter » est un bon exemple de ce sous-entendu.

Retraite par répartition vs retraite par capitalisation

Parler de spéculation en France renvoie là encore au concept de morale, ou plutôt de son absence. La bourse est supposée réservée à l’élite et aux grandes fortunes, à ceux qui peuvent perdre une partie de leurs économies sans en souffrir. À ceux aussi dont la probité est souvent remise en cause dans l’opinion populaire.

Mais ces préjugés ne cachent-ils pas un manque de connaissances financières ?

Les lacunes économiques des Français

On craint souvent ce que l’on ne connaît pas ! Cet adage fonctionne aussi avec les placements financiers. Selon un sondage réalisé en 2019 par la Banque de France, 77 % des Français estiment avoir un niveau de connaissance moyen ou faible en économie.

Très peu enseignées dans le secondaire, inexistantes en primaire, les sciences économiques sont les grandes absentes de l’éducation française. Même si, depuis 2017, la Banque de France intervient dans la rédaction de programmes de lycée, l’effet reste limité. Si bien que la culture financière reste transmise presque exclusivement au sein du cercle familial. Investir en bourse n’est donc pas réservé à une élite fortunée, mais elle est bien souvent la seule à disposer des connaissances nécessaires pour éduquer les jeunes générations aux placements financiers.

Les français plébiscitent largement l'éducation financière à l'école

Ce manque d’instruction entraîne une peur irrationnelle du risque. Plutôt que de l’appréhender sereinement, et de le voir comme la contrepartie du rendement attendu, la majorité des épargnants le rejette en bloc.

Comprendre les mécanismes économique permet pourtant de réfléchir objectivement, sans se laisser déborder par ses émotions. De nombreuses solutions existent maintenant pour se former au fonctionnement de la bourse et surmonter ses craintes.

Le prisme de l’investissement immobilier

La dernière raison pour laquelle la bourse fait peur aux français, c’est parce qu’ils baignent depuis leur plus tendre enfance dans un pays qui place l’immobilier au-dessus de tous les autres placements.

Toujours selon l’étude réalisée en 2019 par la Banque de France, presque 70 % des Français pensent qu’investir en bourse n’offre pas de meilleurs rendements que l’immobilier.

En effet, l’investissement locatif a été favorisé, depuis de nombreuses années, par différentes lois fiscales, destinées à soutenir le secteur du bâtiment et accroître l’offre locative en France comme le régime du LMNP par exemple.

Pourtant, l’investissement immobilier n’est pas sans risque : 

  • Loyers impayés
  • Dégradations dans le logement
  • Vacances locatives
  • Baisse de la valeur du bien selon le contexte
  • Augmentation des charges de copropriété si le bien est dans un immeuble

Au fond, on pourrait penser que les français préfèrent investir dans un élément tangible comme la pierre car ils ont peur de placer leurs économies dans un bien qu’ils ne peuvent pas toucher de leurs propres mains comme la bourse.

  • Plateforme Xstation
  • Offre sans commission
  • Plus de 53 000 clients actifs

Une nouvelle génération qui a moins peur de la bourse

S’il fallait retenir une chose, c’est que le changement viendra probablement de cette nouvelle générations naît dans les années 2000.

Baby-boomers et génération X

En effet, même si les baby-boomers ont connu à la fois l’Etat-Providence, le plein emploi et les Trente Glorieuses. Ils ont également été échaudés par les chocs pétroliers, et par les crises modernes. En 2003, on dénombrait plus de 7 millions d’actionnaires individuels. En 2017, soit 14 ans plus tard, ils étaient deux fois moins nombreux.

Même si la bourse a retrouvé ses plus hauts niveaux depuis le début de la crise du Covid-19, la peur du risque reste ancrée.

Depuis l’éclatement de la bulle internet au début des années 2000, le législateur a souhaité accroître la protection les épargnants. Le moindre investissement financier auprès de son conseiller doit désormais faire l’objet de multiples précautions, à l’image du questionnaire MIFID que doivent remplir les investisseurs qui souhaitent placer une partie de leur argent en bourse. De quoi faire réfléchir les épargnants et parfois les amener à revenir vers des placements moins risqués.

Millennials et génération Z

Bien que les millennials vivent eux aussi à une période de prospérité relative, les enjeux sociétaux sont très différents. Peu d’entre eux croient à l’Etat-Providence comme leurs ainés. Le système de retraite par répartition à bout de souffle accentue amplement ce phénomène.

Beaucoup ont commencé leur carrière professionnelle dans le contexte de la crise des subprimes, puis celle de la zone euro en 2011. De plus, ils n’ont souvent pas les moyens d’acquérir leur résidence principale dans les grandes villes.

Leur comportement en matière d’investissement est à l’image du monde actuel : plus rapide, plus volatile, plus risqué aussi. Nul doute que, plus à l’aise avec la digitalisation croissante des intermédiaires financiers, ils sont plus réactifs que leurs ainés. Enfin, les jeunes générations sont les purs produits d’une mondialisation galopante. Là où les baby-boomers se concentraient sur des actifs français, connus et reconnus, les portefeuilles de leurs enfants sont plus diversifiés.

Conclusion

Comme vous venez de le voir, plusieurs raisons expliquent pourquoi les français ont peur de la bourse.

Cette aversion au risque puise sa source dans notre culture avant tout. Mais elle est également le fruit d’un système fondé sur la répartition plutôt que le “chacun pour soi”. Enfin, l’absence d’éducation financière dès l’enfance entraîne de nombreuses croyances erronées et craintes infondées à propos de la bourse.

Pour autant, cette tendance est en train de s’inverser doucement, sous l’influence des jeunes générations qui, pour certains, baignent déjà dans cette univers à travers les cryptomonnaies.


  • Plateforme Xstation
  • Offre sans commission
  • Plus de 53 000 clients actifs

Le Trader du Dimanche

Le Trader du Dimanche est investisseur pour compte propre. Spécialisé dans la formation et la vulgarisation du monde de la bourse, il rassemble, sur sa chaîne YouTube, une communauté de plus de 9 000 membres auprès de laquelle il partage son expérience de plus de 10 années passées sur les marchés financiers.