Une entreprise cotée en bourse encaisse de l’argent lorsqu’elle émet de nouvelles actions lors de son introduction ou d’une augmentation de capital. Elle ne perçoit donc rien quand ses actionnaires échangent des titres puisque ces transactions ont lieu sur le marché secondaire. Dès lors, pourquoi les patrons surveillent autant le cours de leur action ? Son prix a-t-il réellement un impact sur l’entreprise ?
Afin de vous aider à y voir plus clair, je vous explique en quoi le prix d’une action peut avoir un impact sur une entreprise cotée 🔥. Pour cela, je vais aborder plusieurs leviers comme sa capacité à lever des fonds sans trop diluer ses actionnaires, à se protéger d’une OPA, à acquérir une autre entreprise et les risques si son cours s’effondre. C’est parti !
Investir comporte des risques. Les informations disponibles dans cet article ne constituent pas un conseil en investissement. Certains liens sont affiliés. Pour plus de précisions sur mes avis, comparatifs et classements, consultez ma méthodologie.
🔎 Le cours de bourse a-t-il un impact direct sur la trésorerie d’une entreprise ?
- Le cours d'une action n'a pas d'impact direct sur l'entreprise lorsque son prix évolue au fil des achats et des ventes de titres 📌 via le carnet d'ordres. Lorsque vous achetez des actions Michelin pour 500€, cet argent va dans la poche du vendeur et pas dans celle de l'entreprise. La hausse ou la baisse du prix de l'action n'a donc pas de conséquence directe sur la société. Worldline est un bon exemple avec son cours qui a chuté de 59,24% le 25 octobre 2023 (suite à un avertissement sur ses résultats) puisque le portefeuille des actionnaires en a pris un coup mais sans effet immédiat sur l'entreprise en termes de trésorerie.
- En revanche, le cours d'une action a un impact direct sur l'entreprise si elle rachète ses propres actions 💰 car plus le prix de l'action est bas, plus elle peut récupérer de titres pour un budget équivalent. C'est le cas aussi lors de son introduction (en cas d'émission de nouveaux titres) puisque plus le prix d'introduction est élevé, plus cela rapporte d'argent à l'entreprise pour un nombre de titres équivalent.
Contrairement à ce que la plupart des investisseurs débutants pensent, acheter des actions d’une entreprise ne participe pas à son enrichissement. En revanche, l’évolution de son cours est un bon indicateur de sa santé financière puisqu’elle est le résultat de la confiance du marché. Malheureusement, je ne l’ai pas assez pris en compte lorsque j’ai gardé mes actions Atos entre 2021 et 2024 malgré sa lente agonie.
📊 Le prix d’une action reflète-t-il la valeur de l’entreprise ?
- Le prix d'une action ne dit rien de la valeur de l'entreprise 📌 (encore une idée reçue) puisque la capitalisation boursière dépend aussi du nombre de titres en circulation. Par exemple, l'action Hermès s'échange autour de 1 350€ l'unité en septembre 2026, contre 400€ pour LVMH. Pourtant, LVMH vaut plus de 197 milliards d'euros (vs 142 milliards d'euros pour Hermès) car elle compte presque 5 fois plus d'actions. LVMH pourrait décider de regrouper ses actions (1 nouvelle pour 5 détenues) et se retrouverait avec une action à 2 000€ et un nombre de titres en circulation à peu près équivalent à Hermès.
- La capitalisation boursière ne correspond pas à la valeur réelle d'une entreprise 🏦 puisqu'elle reflète les anticipations des investisseurs. Par exemple, la capitalisation boursière de Tesla est plus grande que celle de l'ensemble du secteur automobile en septembre 2026 alors que le groupe vend moins de voitures que Toyota ou BYD. En réalité, les investisseurs parient sur ses futurs robots taxis & humanoïdes.
Comme je l’indique dans mon article sur les Penny Stocks, une action qui s’échange à 5€ n’est pas plus abordable qu’une action cotée à 500€. Le prix à lui seul n’est donc pas un critère pour acheter ou non une action.
💰 Un cours élevé permet de lever des fonds en diluant moins les actionnaires
- Une entreprise cotée qui lève des fonds doit créer davantage de titres si le cours de son action baisse 📌 car le prix de souscription est fixé en dessous du cours actuel. Par exemple, elle a besoin de créer 4 000 nouvelles actions à 5€ pour lever 20 000€ contre 8 000 nouvelles actions si son cours est divisé par deux, soit deux fois plus de titres.
- Les actionnaires qui ne participent pas à une augmentation de capital sont d'autant plus dilués que le cours est bas 🔎. Prenons l'exemple d'une société cotée qui souhaite lever 20 000€ via une AK souscrite à 80% et qui compte 10 000 titres en circulation. Cela donne 1 action nouvelle pour 2 détenues à 5€ si le titre vaut 10€ (vs 1 action nouvelle pour 1 détenue à 2,50€ si le titre vaut 5€). Un actionnaire qui possédait 100 actions (soit 1% du capital) se retrouve à 0,71% après l'augmentation de capital dans le premier scénario (100 titres sur 14 000) et même 0,56% dans le second scénario (100 titres sur 18 000).
- Une entreprise peut donc profiter d'un cours élevé pour lever des fonds afin de réduire la dilution de ses actionnaires ✅. GameStop est un très bon exemple puisque la société a profité de la frénésie autour de l'influenceur Keith Gill pour lever près de 2,14 milliards de dollars en juin 2024. Pour cela, elle a créé 75 millions d'actions nouvelles à 28,50$ en moyenne alors que l'action cotait autour de 10$ l'unité deux mois plus tôt.
Même si le tableau que je viens de dresser de l’augmentation de capital est très sombre, c’est surtout l’objectif derrière cette opération (financer une acquisition, rembourser des dettes…) et le timing qui priment. C’est la raison pour laquelle j’ai vendu mes titres Atos début 2024 car je craignais une augmentation de capital très dilutive pour tenter de sauver la boîte (et pas les actionnaires).
🤝 Une action bien valorisée sert de monnaie d’échange pour racheter une entreprise
- Une entreprise cotée peut acquérir une autre société en la payant avec ses propres actions 📌. Par exemple, Worldline a acquis Ingenico en 2020 via une offre publique mixte (OPM). Pour cela, le spécialiste des solutions de paiement a proposé 11 actions Worldline et 160,50€ pour 7 actions Ingenico, ce qui valorisait Ingenico à 7,8 milliards d'euros.
- L'acquisition d'une entreprise via une OPE (offre publique d'échange) ou une OPM permet de préserver la trésorerie de l'acheteur 🔎. En revanche, elle dilue les actionnaires historiques car après l'opération, ils détiennent une fraction du nouvel ensemble. Plus le cours de l'acheteur est élevé, plus la dilution est limitée car il réduit le nombre d'actions à créer. Dans le cas de Worldline, l'entreprise a pu proposer seulement 11 de ses actions pour 7 actions Ingenico car son titre valait 63,75€ la veille de l'annonce.
- Un cours bas oblige l'acheteur à créer beaucoup plus d'actions pour la même valeur 💰. Worldline a pu proposer seulement 11 de ses actions pour 7 actions Ingenico car son titre valait 63,75€ la veille de l'annonce. Toutefois, le groupe aurait dû créer près de 7 fois plus d'actions pour offrir la même valeur avec un cours de 9,42€ (son niveau après la chute d'octobre 2023).
Si vous êtes actionnaire d’une société ciblée par une OPE (ou une OPM), obtenir des actions de l’acheteur représente un pari car l’action peut s’effondrer si la stratégie n’est pas bonne. C’est ce qui s’est passé pour certains actionnaires d’Ingenico qui ont pris des titres Worldline plutôt que du cash (123,10€ par action dans l’offre d’achat) et les ont conservés. Ils ont vu leur mise fondre puisque l’action Worldline est passée de 63,75€ à l’annonce de l’offre à 9,42€ en octobre 2023 (je ne parle même pas des années qui ont suivi…).
🛡️ Un cours élevé protège contre une OPA hostile
- Un cours élevé augmente le coût d'une prise de contrôle 📌 puisque l'acheteur doit payer une prime par rapport au prix actuel de l'action pour inciter les actionnaires à céder leurs titres. Concrètement, une OPA avec une prime de 30% coûte 1,3 milliard d'euros si l'entreprise cible possède une capitalisation boursière de 1 milliard d'euros. Si son cours double, le coût passe à 2,6 milliards d'euros.
- La hausse du cours de l'entreprise ciblée par une OPA hostile peut faire capoter l'opération 🔎 lorsqu'elle efface la prime. Cela arrive quand les investisseurs anticipent une surenchère de l'acheteur par exemple. C'est le cas du groupe bancaire BBVA qui a lancé une offre hostile de plus de 16 milliards d'euros sur Sabadell en 2024 (payée en actions BBVA). Le cours de Sabadell a ensuite progressé plus vite que la valeur de l'offre au point que la prime est devenue négative. BBVA a dû relever son offre de 10% en septembre 2025 mais seuls 25,47% des droits de vote ont été apportés donc l'opération a échoué.
En plus de faciliter l’acquisition d’une entreprise via un échange de titres, un cours élevé protège d’une OPA hostile. Il existe aussi d’autres mesures efficaces comme le droit de vote double pour les actionnaires au nominatif depuis au moins deux ans (loi Florange de 2014).
👔 Un cours élevé pour attirer et retenir les talents (Stock-options et actionnariat salarié)
- Une entreprise a intérêt à ce que le cours soit élevé lorsqu'elle attribue des stock-options à certains de ses salariés 📌 car elles ne rapportent rien tant que le cours reste en dessous du prix d'exercice. Par exemple, un salarié qui détient 1 000 options à 50€ réalise 20 000€ de plus-value brute si l'action cote à 70€ (vs 0€ si elle cote à 45€ car il n'a aucun intérêt à les exercer).
- Un dirigeant a intérêt à ce que le cours soit élevé lorsqu'une partie de sa rémunération dépend de la capitalisation boursière 💰. Par exemple, Elon Musk recevra des actions Tesla en 12 tranches si la capitalisation du groupe passe de 1 500 à 8 500 milliards de dollars sur les 10 prochaines années (et si des objectifs opérationnels sont atteints), ce qui pourrait lui rapporter jusqu'à 1 000 milliards de dollars.
- Une entreprise a intérêt à ce que le cours soit élevé quand ses propres salariés sont actionnaires 🏦. La loi PACTE permet de leur réserver des augmentations de capital avec une décote qui peut atteindre 30% (40% si les titres restent bloqués au moins 10 ans). Concrètement, un salarié souscrit une action à 35€ (alors qu'elle cote à 50€) mais cette plus-value latente de 15€ disparaît si le cours baisse de 30%.
À mon avis, conditionner une partie de la rémunération de ses employés aux performances boursières de l’entreprise est une bonne chose car cela permet de les impliquer. En revanche, cela peut tourner au fiasco si le cours s’effondre (démotivation, démissions…). Une petite pensée pour les salariés d’Atos (nombreux à être actionnaires) qui ont vu le cours de bourse de la société dégringoler ces dernières années.
📉 Que se passe-t-il quand le cours d’une action s’effondre ?
- Une entreprise en difficulté doit souvent lever des fonds quand le cours de son action est au plus bas ⚠️ (logique car les investisseurs anticipent ses difficultés). Par exemple, Worldline a levé environ 392 millions d'euros en mars 2026 en émettant plus de 1,9 milliard d'actions nouvelles à 0,202€ (soit une décote d'environ 87% sur le dernier cours). Cela signifie qu'un actionnaire qui détenait 1% du capital et qui n'a pas participé à l'opération ne possédait plus que 0,14% après l'opération. Malheureusement, le timing était mauvais mais le groupe n'avait pas d'autre choix car il devait faire face à 400 à 600 millions d'euros d'échéances de dette par an entre 2026 et 2028.
- Un cours très bas pousse souvent l'entreprise à regrouper ses actions 🔎 pour quitter le statut de Penny Stock (donc réduire la volatilité et la mauvaise perception du titre qui en découle). C'est le cas de Worldline qui a échangé 40 actions anciennes contre 1 action nouvelle le 15 juin 2026. L'opération a donc multiplié le cours par 40 sans changer la valeur du portefeuille des actionnaires.
- Une baisse du cours de l'action peut amener l'entreprise à sortir des grands indices 📌. Worldline a quitté le CAC 40 en décembre 2023 (remplacé par Vivendi) après avoir perdu 57% depuis le début de l'année. Cela entraîne un effet boule de neige puisque les fonds indiciels (ETF) qui répliquent le CAC 40 n'ont pas d'autre choix que de vendre le titre.
Par expérience, investir sur une action dont le prix s’est effondré et dont l’entreprise croule sous les dettes est rarement une bonne décision. Les exemples ne manquent pas : Worldline, Atos, Alcatel-Lucent… J’en ai connu plein en 16 années de bourse. Au final, c’est toujours les actionnaires qui trinquent avec des augmentations de capital très dilutives !
🎯 Le prix d’une action a-t-il vraiment un impact sur l’entreprise ?
Comme on vient de le voir, le prix de l’action n’a pas d’impact direct sur la trésorerie de l’entreprise (elle ne gagne pas d’argent via les échanges de titres entre investisseurs). En revanche, il a une influence sur de nombreux éléments comme sa capacité à lever des fonds sans trop diluer ses actionnaires, à racheter un concurrent, à se défendre contre une OPA hostile ou à garder ses talents. C’est pour cette raison que les dirigeants surveillent leur titre comme le lait sur le feu.
Plus généralement, je vous invite à vérifier ces trois éléments avant d’investir le moindre euro dans une société cotée : son niveau d’endettement, le calendrier de remboursement de sa dette et l’annonce éventuelle d’une augmentation de capital. Je n’aurais pas perdu une grosse somme sur Atos si j’avais suivi mes propres conseils plus tôt !
📽️ L’impact du prix d’une action sur l’entreprise : mes explications en vidéo
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